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Chine : assouplissement du renminbi
Par Philippe Waechter, Directeur de la recherche économique de Natixis Asset Management
La vice-gouverneure de la Banque Centrale de Chine, Hu Xiaolian, a indiqué mi-avril la mise en place d’une plus grande flexibilité dans la gestion de la parité du renminbi, la monnaie nationale. Couplée avec d’autres orientations probables de la politique monétaire, cette annonce a pour objectif de peser sur le rythme de l’inflation et sur le cycle économique. En mars, l’inflation a en effet atteint un niveau excessif de 5,4 %, bien au-delà du taux de 4 % visé par la Banque Centrale chinoise. Le taux de croissance de l’activité est, quant à lui, supérieur au taux de 8 % qu’elle anticipe. Il s’agit donc d’une mesure conjoncturelle visant à corriger une trajectoire considérée comme mal ajustée. Le renminbi : une source de tensionsCe propos sur la flexibilité est important car le statut de la monnaie chinoise est depuis longtemps une source de tensions, notamment dans les relations sino-américaines. Les réserves de change chinoises sont effectivement considérables et les américains estiment que le renminbi évolue trop peu, même s’il s’apprécie à un rythme limité depuis le 19 juin 2010. C’est une source de déséquilibres durables pour l’économie mondiale. Ayant à l’esprit l’exemple japonais, les chinois sont très prudents face à ces pressions américaines. Dans les années 1970-1980 en effet, les pressions pour la réévaluation du yen japonais ont fini par porter celui-ci à une valeur jugée excessive. Souvent interprétée comme l’une des sources du tarissement de la croissance japonaise, cette appréciation de la monnaie nippone avait engendré une perte de compétitivité et une nécessité accrue de s’ajuster très rapidement. Même sous pression, les chinois souhaitent d’autant plus éviter de se retrouver dans une telle situation que leur stade de développement est encore en-deçà de celui observé au Japon et pour un bon moment. Vers une réévaluation maîtrisée de la monnaie ?À court terme, la réévaluation de la monnaie permettrait de limiter l’inflation importée et donc de réduire les déséquilibres qui pourraient en résulter. Un tel mouvement est probablement plus efficace que de peser sur la demande interne via les taux d’intérêt dans un contexte de flambée des prix internationaux. Les chinois ont donc tout intérêt à rendre leur monnaie plus flexible et à la réévaluer. Depuis 2008, ils ont privilégié le rééquilibrage de leur croissance en la recentrant sur le marché intérieur plutôt que d’être trop dépendants de la croissance des exportations. Dans le même temps, ils ont commencé à développer une dynamique plus ouverte sur leur monnaie. Cela aboutit à l’utilisation, même limitée, du renminbi comme monnaie de facturation ou encore à la conclusion de swaps de change avec d’autres banques centrales. Pendant la crise de liquidité, la Banque de Chine n’a pas hésité à fournir des liquidités à plusieurs pays asiatiques : un marché du financement a également été développé via Hong Kong avec des émissions d’obligations en renminbi. S’ils sont encore réduits, tous ces montants reflètent la volonté des chinois de se servir de leur monnaie comme instrument actif vis-à-vis de l’extérieur. Gagner en indépendanceGrâce au rééquilibrage de la croissance et à l’option plus internationale de leur monnaie, on perçoit une grande cohérence dans le développement de la Chine et une recherche d’autonomie vis-à-vis du dollar américain. La maîtrise et l’appréciation de la valeur du renminbi obligera les entrepreneurs chinois à innover en vue d’importants gains de productivité. La Chine passerait ainsi à une économie davantage tournée vers les services. Sa plus grande autonomie de croissance lui permettra d’être moins dépendante d’événements spécifiques extérieurs comme lors des turbulences de 2008. Elle doit permettre aussi à la Chine de gagner en autonomie de choix en étant moins liée à quelques grandes nations ou zones géographiques, et de développer ainsi ses relations avec des pays en développement. Une nouvelle monnaie de référence ?En réévaluant sa monnaie et en raison de la puissance de l’économie chinoise depuis presque une décennie en Asie, la Chine fera du renminbi la monnaie de référence sur la zone. Cela assiéra sa situation et son pouvoir sur la région en lui donnant un poids politique et économique global plus pérenne. Le monde entre dans une période de transition durant laquelle les dominations économiques ne seront plus ce qu’elles étaient. Depuis la seconde guerre mondiale, les États-Unis et le dollar ont une assise et un poids très important dans la gestion des affaires du monde et l’Europe était à leurs côtés pour renforcer l’emprise des pays occidentaux. L’apparition de pays émergents puissants, comme la Chine, vient bouleverser cette hiérarchie. On peut ainsi penser qu’il n’y aura pas de pays ou de zone géographique dominant pendant des années. Dans ce cas, le système monétaire pourrait reposer non plus sur le seul dollar mais sur trois monnaies de référence. Le renminbi peut être un candidat sérieux pour être la monnaie asiatique de référence aux côtés du dollar et de l’euro. ConclusionCe cheminement vers un monde tripartite articulé autour de trois monnaies de référence s’est enclenché mais prendra du temps. Il faut développer une dynamique financière plus diversifiée et robuste, créer des institutions permettant tout à la fois le rééquilibrage de la croissance et l’émergence d’un marché financier susceptible d’être le support de l’épargne chinoise et de la convertibilité progressive du renminbi. Se précipiter serait certainement source d’instabilité et vouloir rendre la monnaie convertible trop rapidement reviendrait à prendre un risque excessif : les autorités chinoises sont donc prudentes. La réévaluation de leur monnaie est une étape qui facilite l’ajustement conjoncturel de court terme. Les autres institutions se mettent en place progressivement. Hong Kong conservera une place particulière, source d’ajustement de l’économie chinoise au reste du monde. La Chine est néanmoins clairement en train de poser les jalons d’un rééquilibrage de son mode de croissance, plus centré sur son marché intérieur et avec une dimension financière lui donnant davantage d’autonomie, et une assise politique internationale plus solide. Rédigé le 21/04/2011
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| Mise à jour le Lundi, 30 Avril 2012 17:19 |
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